Éduquer un enfant n’est pas chose facile. Quel saut dans l’inconnu! Il faut tout d’abord apprendre à connaître son bébé, l’écouter, en prendre soin… Et quand il grandit, il faut le laisser s’exprimer, se construire. Mais quand, en plus, il faut composer avec les grands-parents, l’éducation des enfants se complique encore davantage.
À la naissance de mon fils aîné, je n’ai pas eu de place en crèche avant ses onze mois. Lorsque j’ai du reprendre mon travail, je l’ai donc confié à ma mère afin qu’elle le garde. N’étant plus habituée aux jeunes enfants depuis longtemps, elle a d’abord suivi mes directives et a respecté ce que mon mari et moi lui disions, et tout se passait bien. Seulement plus le temps passait, et plus elle avait un avis sur tout, faisant tout le contraire de ce qu’on lui disait. Par exemple, si je lui demandais de ne pas tresser les cheveux de mon fils (il n’avait même pas un an!), je le retrouvais le soir avec des nattes. Résultat : il a fallu lui raser la tête car il avait carrément des trous dans les cheveux. Ayant de grosses difficultés financières, je lui avait demandé de ne pas trop gâter mon fils, elle a fait tout le contraire. Cela a été comme ça tout le temps, et même aujourd’hui, avec quatre enfants, cette situation perdure. Si bien que pendant un moment, aux yeux de mon fils, je n’étais que sa nounou, puisque les décisions que je prenais étaient sans cesse remises en cause par ma mère, et ce, devant lui.
J’ai beaucoup souffert de cette situation, mais je ne pouvais pas changer les choses, ayant besoin de ma mère pour la garde de mes enfants pendant que je travaillais. Je devais donc subir son emprise et la regarder faire, sans pouvoir trop contester. Moi, devenue maman, je me retrouvais comme une petite fille devant elle. Dans ces conditions, comment m’en sortir?
Lorsque je suis tombée enceinte de mon petit troisième, je suis devenue plus forte, d’autant qu’elle m’en a beaucoup voulu d’avoir eu cet enfant. Ne pouvant plus continuer ainsi, pour le bien de mes petits, j’ai décidé de réfléchir à la façon de sortir de son emprise et affirmer mes principes face à elle.
Sommaire
Prendre de la distance dans les relations familiales
J’ai décidé de prendre de la distance. Cette distance n’est pas physique, puisque, étant croyante, il n’est pas envisageable pour moi de couper les ponts avec mes parents. La distance dont je parle ici est plutôt émotionnelle. Lorsque je sens qu’elle veut prendre le dessus, au lieu de m’énerver ou me justifier, je choisis la voie de la gestion des conflits familiaux en faisant diversion et en amenant la conversation sur un autre sujet.
J’ai également appris à prendre du recul sur les situations; lorsque ma mère agit d’une façon qui me ne convient pas, je lui fais part de mon désaccord sans m’énerver, avec le sourire. Cela permet au message de passer en douceur, sans tension inutile. Elle sait que je ne suis pas contente, mais dans ce contexte, il lui devient difficile d’imposer sa volonté. Gérer les relations avec les grands-parents de cette manière permet de trouver un équilibre dans l’éducation des enfants sans conflit direct.
Faire preuve de compréhension dans les relations avec les grands-parents
Plutôt que de nourrir de la rancœur contre mes parents quant à leur comportement vis-à-vis de moi au sujet de mes enfants, j’ai tenté de comprendre les raisons profondes derrière leurs réactions. À force de les faire parler, j’ai fini par avoir quelques indices: ma mère avait eu beaucoup de difficultés à m’avoir, et lorsqu’elle a refait sa vie avec mon beau-père, elle n’a pas pu avoir d’enfant avec son nouveau mari. Ils n’en ont jamais parlé pendant toutes ces années, mais ils ont vécu cela comme une blessure, qui s’est ravivée à chacune de mes grossesses.
Lorsque mes enfants sont nés, ils n’ont pas pu s’empêcher de faire un transfert et de jouer les parents de substitution. Au début cela m’énervait au plus au point et me faisait beaucoup souffrir. Mais avec le temps, et au fil de leurs confidences, je me suis mise à leur place. J’imagine leur souffrance, et je relativise. En fait, ce n’est pas qu’il veulent réellement prendre ma place, mais seulement vivre une portion de ma vie.
Pour maintenir un équilibre dans les relations grands-parents/parents, j’essaie de leur laisser une petite place, en les tenant informés des progrès ou des bêtises des petits, tout en veillant à ce qu’ils n’en fassent pas trop. Lorsque j’appelle, ce n’est plus en appel classique mais le plus souvent en appel vidéo afin qu’ils puissent voir leurs petits enfants le plus possible. Ils occupent ainsi la place que moi je leur donne, et non celle qu’ils s’arrogent.
Reprendre confiance en soi pour assurer son rôle de parent
Si je me sentais aussi dépassée par la situation, c’est parce que je n’avais pas confiance en moi en tant que parent. Avec tout ce que je traversais, j’avais l’impression d’être une mauvaise mère, incapable de prendre soin de mes enfants. Et comme j’ai eu trois enfants en quatre ans, je n’ai pas vraiment eu le temps de réfléchir à mon rôle de mère ni à ce que signifiait la maternité pour moi. À chaque fois que me sentais dépassée ou fatiguée, je courais chez ma mère en quête de réconfort, en fait de facilité. Comment pouvais-je réclamer ma liberté en accourant chez mes parents à la moindre difficulté?
Pour commencer, je me suis reprise en main. Lorsqu’une difficulté se présente, au lieu d’en parler directement à ma mère, je cherche des solutions par moi-même, ou j’en parle avec mon conjoint. À force de surmonter les situations, j’ai réalisé que j’étais capable de faire les choses par moi-même, et que je pouvais prendre des décisions toute seule. Par ce processus, je suis passée de fille à maman à mère de trois enfants, responsable de ma propre famille.
J’ai également changé d’attitude lorsque je rends visite à mes parents. Avant, je me comportais comme une enfant, à me laisser aller et à laisser ma mère s’occuper de tout, y compris des enfants, pensant que cela m’aidait à récupérer. Mais aux yeux de ma mère, cela me faisait rester dans une position d’enfant, ce qui lui donnait plus de latitude pour s’imposer. Depuis, j’ai pris conscience de l’importance de reprendre mon rôle de parent actif. Désormais, lorsque je vais chez mes parents, je gère les couches, les bains, et la discipline, même si je la laisse préparer les repas (ce qui lui fait plaisir) et que je supervise et j’interviens si besoin. En prenant cette nouvelle attitude, j’ai commencé à regagner un peu de respect, à affirmer ma place et à reconstruire un équilibre familial sain.
Et maintenant ? Retrouver l’harmonie familiale
Aujourd’hui, la situation s’est apaisée. J’ai profité de mes différents congés maternité pour passer du temps pour m’occuper de mes enfants. Ayant repris confiance en moi malgré les turbulences, j’arrive à gérer les divergences de point de vue. Et puis j’ai compris une chose essentielle: aux yeux de mes enfants, je serai toujours leur maman, et personne ne pourra me voler cette place. Je n’ai donc pas besoin de jouer des coudes ou d’avoir à me justifier pour occuper cette place, elle est déjà acquise dans leur cœur.
Je préfère me concentrer sur les valeurs que je leur transmets – l’amour, l’intégrité, la loyauté, la joie, le goût de l’effort, plutôt que d’entrer dans une compétition stérile avec mes parents. Cela n’est bon pour personne, et ça donne une mauvaise image de la famille à mes enfants. J’ai appris à mettre (un peu) d’eau dans mon vin, à faire preuve de patience et à ménager les relations familiales pour leur bien-être et notre bonheur commun.
Si vous aussi vous vivez des conflits avec vos parents autour de l’éducation de vos enfants, et que vous cherchez des solutions sans couper totalement les ponts, essayez d’abord ces pistes de réflexion. Faites-moi part de vos expériences en commentaire : Quels changements avez-vous observés ? Comment gérez-vous les différences d’opinion en famille ? Ensemble, nous pouvons échanger des conseils et progresser vers une éducation épanouissante pour nos petits !
