Découvrir que son enfant a été victime de maltraitance est sans doute l’une des pires épreuves qu’un parent puisse traverser. En tant que maman, j’ai malheureusement vécu cette réalité. Alors que j’ai du me séparer de mes enfants quelques semaines pour préparer notre installation au Canada, lorsqu’ils m’ont enfin rejoint, je voyais bien que quelque chose n’allait pas. Leur comportement avait changé, mais sans preuve tangible, j’ai d’abord mis cela sur le compte du manque provoqué par notre séparation.
La vérité m’a frappée de plein fouet : près de neuf fois après leur arrivée, mon fils m’a révélé que leur père les avait maltraités. Privations de nourriture, violences psychologiques… Mon cœur de mère s’est effondré. Lorsque j’ai entendu son témoignage, la terre s’est écroulée sous mes pieds. Alors que je pensais les avoir laissés avec la personne la plus digne de confiance du monde, je les avais en fait confiés à leur bourreau. Deux ans après, ils vont mieux, mais le chemin qui mène vers la guérison promet d’être long et empreint de résilience.
Comment réagir ? Que faire pour les aider à se reconstruire après des violences subies ? Au-travers de l’histoire de mes enfants, je souhaite offrir quelques conseils aux parents qui découvrent que leur enfant a été maltraité, que ce soit par un proche, un membre de la famille, ou toute autre personne de son entourage.
Sommaire
Faire confiance à son enfant : une étape cruciale vers la guérison
Les révélations d’un enfant sur des faits de maltraitance sont souvent difficiles à entendre, encore plus lorsqu’elles visent une personne proche. Lorsque mon fils m’a confié ce que lui, son petit frère et sa sœur avaient subi, j’ai été bouleversée. Comment l’homme avec qui j’avais choisi de construire une vie, le père de mes enfants, avait-il pu commettre de telles violences ?
Et pourtant, j’ai choisi de le croire. Son comportement en disait long : échec scolaire, crises de colère, bagarres fréquentes… Autant de signes de traumatisme chez l’enfant qui ne pouvaient être ignorés. C’était forcément vrai.
J’ai donc pris la peine de prendre rendez-vous avec une psychologue afin qu’elle corrobore ses dires, et pour qu’il puisse vider son sac en toute confiance, sans crainte. J’ai aussi informé l’équipe pédagogique de son école afin qu’ils fassent preuve de compréhension face à ses nombreux écarts de comportement. Au fil du temps, alors que mon fils avait compris que je lui faisais confiance, il a fini par s’apaiser et s’ouvrir à nouveau aux autres.Pour valider ses propos et, surtout, l’accompagner, j’ai pris rendez-vous avec une psychologue. Il avait besoin d’un espace sécurisé pour s’exprimer, loin de tout jugement.
J’ai également informé l’équipe pédagogique de son école, afin qu’ils comprennent l’origine de ses réactions et qu’ils puissent l’accompagner avec bienveillance.
Petit à petit, à mesure qu’il comprenait que je le croyais et que je me tenais à ses côtés, mon fils s’est apaisé. Il a pu retrouver confiance en lui et s’ouvrir à nouveau aux autres.
Écouter son enfant : libérer la parole pour le soulager
Après les révélations de mon fils, j’ai rapidement compris que mes enfants avaient besoin de parler, souvent, et de revenir sur les violences qu’ils avaient subies. Ma fille, très marquée elle aussi, avait érigé un véritable mur émotionnel autour d’elle. Derrière sa colère se cachaient une immense douleur et des traumatismes d’enfance encore vifs. Progressivement, elle s’est ouverte à moi, notamment en évoquant les cauchemars récurrents où elle revivait ces scènes de violence.
Introvertie de nature, elle n’exprimait pas facilement ce qu’elle ressentait. Mais je sentais, à travers ses crises de colère sans raison apparente, qu’il fallait l’aider à mettre des mots sur ses maux. Dans ces moments-là, je lui posais des questions ouvertes, sans pression, pour l’inviter à s’exprimer à son rythme.
Aujourd’hui, même si mes enfants vont mieux, je reste à leur écoute. Dès que je sens un mal-être, je prends le temps de parler avec eux. Je ne les interroge pas, je les laisse s’exprimer librement, aussi douloureux que cela puisse être à entendre.
Cette écoute bienveillante les aide à reprendre confiance, à comprendre qu’ils ne sont en rien responsables de ce qu’ils ont subi, et qu’aucune violence ne peut être justifiée. Leur permettre de parler, c’est leur permettre d’avancer.
Solliciter l’aide de professionnels pour accompagner son enfant victime de maltraitance
Face à des révélations aussi bouleversantes, il est normal de se sentir dépassé, impuissant, parfois même coupable. Pourtant, il est essentiel de ne pas rester seul(e) et de s’entourer de professionnels spécialisés dans l’accompagnement des enfants victimes de maltraitance.
Dès notre première séance chez une psychologue, nous avons reçu des conseils concrets pour avancer ensemble. J’ai rapidement informé l’équipe pédagogique de l’école de mon fils, très affecté, afin qu’un soutien adapté soit mis en place. Il a été suivi par des professionnels de l’éducation pour ses difficultés d’apprentissage et pour l’aider à gérer ses débordements émotionnels.
Quant à ma fille, qui gardait ses crises de colère pour la maison, j’ai choisi de préserver l’école comme un lieu sécurisant. Elle s’y épanouissait et pouvait compenser son chagrin par sa soif d’apprendre.
De mon côté, j’ai dû me confronter à l’inacceptable : une séparation avec leur père était inévitable. Pour faire ce chemin douloureux mais nécessaire, j’ai moi aussi fait appel à un psychologue. Ces séances m’ont aidée à accepter la réalité et à rester debout pour mes enfants.
Si vous traversez une situation similaire, n’hésitez pas à demander de l’aide. Il n’y a aucune honte à avoir. Ce que vos enfants ont subi n’est pas de votre fait. Parlez-en, à un professionnel, à un proche, à quelqu’un de confiance. Libérer votre parole, c’est la première étape vers la guérison, pour vous comme pour eux.
J’espère que ce témoignage vous donnera la force de faire ce premier pas, et d’entamer votre propre chemin de reconstruction tout en accompagnant vos enfants au mieux.
Disclaimer : j’ai rédigé cet article par rapport aux ressources que j’avais à ma disposition au Québec.
