Cette 5e grossesse restera dans ma mémoire comme étant la pire de toutes, aussi bien physiquement qu’émotionnellement. Les symptômes de grossesse ne m’ont pas quittée pendant neuf longs mois, donc je n’ai pas pu en profiter pleinement ni créer de lien avec mon bébé. Mais cette grossesse ne m’a pas seulement épuisée : elle a bouleversé ma vie.
À cause du changement brutal des lois en matière d’immigration permanente au Québec, j’ai tout perdu à l’expiration de mon permis de travail: mon travail, mon logement, ma qualité de vie. J’ai eu beau tenté de faire annuler ces dispositions au tribunal, mon recours n’a malheureusement pas abouti. J’ai donc du quitter précipitamment le Canada, mes quatre enfants sous le bras, et mon petit passager clandestin au creux de mon ventre.
Au final, malgré de nombreuses tribulations, mon accouchement aura été la fin heureuse de cette grossesse que je ne souhaite à personne.
Sommaire
Une grossesse chaotique, entre le Québec et la France
J’ai commencé à ressentir les premières nausées de grossesse lors de mon repas de départ de l’entreprise qui m’employait depuis deux ans déjà. Moi qui suis friande de viande rouge, mon faux-filet de bœuf a eu un peu de mal à passer. Sans compter le dessert, une mousse de mangue au chocolat blanc, que j’ai failli sur ma cheffe. Entre les allers-retours au bureau des passeports, l’expiration de mon permis de travail au Canada et la fatigue de ces dures années de labeur, j’ai ressenti des nausées intenses, comme jamais je n’avais eu pour mes grossesse précédentes.
Malheureusement, cette grossesse s’annonçait aussi difficile d’un point de vue psychosocial. D’abord, il a fallu rentrer en France et laisser derrière moi mon conjoint, ma belle-famille, mon travail, mon logement et mes amis. N’ayant plus aucune économie, j’ai donc atterri chez ma mère avec ma petite tribu. J’ai cru pouvoir retravailler très vite, mais n’ayant aucune solution de garde pour mon petite dernier d’à peine deux ans, j’ai du rester à la maison. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, j’ai appris que je devais près de 5000 euros à la CAF, probablement à cause des mensonges de mon ex-mari de qui je m’étais séparée un an plus tôt.
Avec tout ce qui me tombait sur la tête et sous le poids du stress et de la fatigue, j’ai développé de sérieux problèmes de santé pendant la grossesse, puisque j’ai du me rendre deux fois aux urgences pour suspicion d’embolie pulmonaire, et consulter un cardiologue en urgence en raison d’une tachycardie sévère.
Malgré tout, cette grossesse éprouvante finit bien : malgré des nausées persistantes pendant neuf mois, j’ai pu recommencer à m’alimenter à peu près correctement au bout du sixième mois. Surtout, mon conjoint m’a fait la belle surprise de venir en France pour reconnaître notre enfant (les procédures étaient complexes depuis le Québec) et assister à l’accouchement.
Un accouchement naturel sans péridurale, entre courage et foi
En règle générale, je n’aime pas être enceinte. Mais cette cinquième grossesse m’a plongée dans une détresse physique et émotionnelle extrêmement intense. Arrivée à la fin de la 40e semaine de grossesse, fatiguée et déprimée, j’avais hâte que bébé sorte, d’autant que mon conjoint était enfin arrivé du Canada. Avant son arrivée, nous avions convenu que vu ma situation financière catastrophique, il repartirait avec le bébé au Canada. Bien que désireuse de faire passer le bien-être de mon enfant avant tout le reste, cette idée me plongeait dans une grande tristesse, et je pense que bébé le ressentait aussi.
Finalement, dans un élan de foi, j’ai parlé à mon bébé sous la douche, et je lui ai promis qu’on ne se séparerait pas, ou alors pour un temps très court. Je lui ai demandé de me faire confiance, que l’avenir serait meilleur et qu’avec l’aide de Dieu je surmonterai toutes ces épreuves et lui offrirait la vie qu’il mérite.
Quelques heures plus tard, aux environs de 23h30, alors que je regardais Enquête exclusive, j’ai perdu les eaux après une journée de contractions peu douloureuses. Après un voyage en camion de pompiers pour l’hôpital, je subis les examens de routine (monitoring, échographie) pour savoir si bébé va bien et comment il est positionné. Ayant eu un suivi de grossesse quasi inexistant, l’interne de garde m’explique que mon cas serait discuté en réunion d’équipe plus tard dans la matinée, et qu’un déclenchement par ocytocine serait probablement envisagé pour ne faire courir au bébé aucun risque. Déterminée à vivre un accouchement le plus naturel possible, j’ai une fois encore parlé à mon bébé et lui ai demandé de venir au plus vite pour nous épargner trop de souffrances.
Cette petite conversation prénatale semble avoir porté ses fruits puisque les contractions, qui entre temps s’étaient arrêtées, ont repris, plus intenses et plus régulières. Je ne remercierai jamais assez l’équipe soignante qui m’a placée en salle physiologique, où j’ai pu gérer au mieux la douleur (pourquoi personne ne m’a dit plus tôt que le ballon c’était le must pout gérer les contractions?). Après cette phase de travail active, où j’étais plutôt guillerette, est venue la phase de désespérance : les contractions se sont rapprochées aux deux minutes et la douleur est devenue plus intense. Après un examen du col, la sage-femme m’informe que je suis dilatée à 6 cm, et que la naissance pourrait arriver dans deux heures maximum.
Je suis alors transférée en salle de naissance. Je sens que ça pousse de plus en plus fort. La sage-femme n’a même pas eu le temps de préparer les étriers que dix minutes plus tard, bébé était là! Un bel enfant de 3,330 kg pour 50 cm!
Un accouchement, et deux belles surprises
Cet accouchement sans péridurale m’a réservé deux belles surprises. La première, mon conjoint. Lors de mes précédents accouchements, mon ex-mari était vissé sur son téléphone pendant que je gérais seule les contractions et la douleur intense. J’ai appréhendé que mon conjoint actuel fasse pareil. Et pourtant. Il a été d’une présence extraordinaire et m’a encouragé tout le long. Pour la première fois de ma vie, j’ai vraiment senti que je faisais partie d’une même équipe avec la personne avec qui je partage ma vie.
La deuxième surprise a été… génétique. Mon conjoint est Québécois sur plusieurs générations, et je suis afro-antillaise, avec des ancêtres bretons. Nous pensions accueillir un bébé métisse, mais nous ne savions pas quelle nuance de brun allait l’emporter. Quelle ne fut pas notre surprise de voir que l’enfant était totalement blanc! La génétique venait de nous jouer un joli tour, pour le plus beau des bébés!
