Lorsque j’étais encore célibataire et sans enfant, je considérais qu’un enfant était un cadeau de la vie, et je condamnais fermement l’avortement. Pire, je me permettais de juger les personnes qui prenaient cette décision. Je ne pensais donc pas avoir à envisager cette réalité un jour.
Or la grossesse non désirée est un sujet complexe et souvent tabou, particulièrement pour les personnes aux convictions profondes sur la parentalité. Voici le récit de mon expérience, comment mes croyances ont été ébranlées, et comment j’ai réussi à apprivoiser cette réalité inattendue.
Sommaire
Une grossesse inattendue en pleine pandémie
Pendant le confinement, je commence à me sentir mal. J’ai de plus en plus de mal à manger, et je suis chaque jour plus fatiguée. Après un test de grossesse, le verdict tombe: je suis enceinte. Je prends donc rendez-vous avec le premier gynécologue disponible, qui me confirme que je suis enceinte de 7 semaines d’aménorrhée.
À partir de là les symptômes s’intensifient, et je souffre de nausées incessantes et d’hypersensibilité aux odeurs. Avec deux enfants déjà, une nouvelle grossesse était tout sauf planifiée. Financièrement, nous n’étions pas au mieux de notre forme, et la simple idée d’un troisième enfant paraissait insurmontable pour mon ex-conjoint et moi.
Face au choix de l’avortement : une décision déchirante
Pour mon mari, la décision était claire : il pensait que l’avortement était la solution pour que nous puissions garder notre équilibre familial et gérer les contraintes financières. Il m’a donc demandé de procéder à une interruption volontaire de grossesse. Mais de mon côté, l’idée d’interrompre cette grossesse m’était difficile à accepter. Malgré mes réticences, je savais que le cœur de cet embryon battait déjà et je ne pouvais pas réduire ce bébé à un amas de cellules. J’ai donc décidé de garder cet enfant, décision qui a entraîné de nombreuses disputes et mis à mal mon mariage.
Des sentiments ambivalents envers cette grossesse
Pour autant, je ne suis pas enchantée par cette grossesse. Déjà, parce que je déteste être enceinte, notamment à cause des symptômes de grossesse: me sentir nauséeuse, fatiguée et diminuée pendant 9 mois, très peu pour moi. Ensuite, j’avais de nombreux projets pour 2020: une reconversion professionnelle, reprendre la couture à fond, me consacrer davantage à mes enfants. Un bébé n’était donc pas à l’ordre du jour.
Je ne souhaitais pas avorter, mais au fond de moi, je ne voulais pas que cette grossesse aille jusqu’au bout. Je me revois, chaque fois que je me rendais aux toilettes, espérer perdre du sang, ou encore parler à mon ventre, en disant à ce bébé qu’il n’était pas désiré, que ni son père ni moi ne souhaitions qu’il vienne au monde, et qu’il ferait mieux, pour le bien de tous, retourner auprès de son Créateur. Ce ressenti mêlé de culpabilité et de désespoir m’accompagnait jour après jour, tandis que je m’accrochais à l’idée que je trouverais la force d’accepter cet enfant.
Accepter la grossesse et envisager l’avenir
Trois mois après avoir espéré une fausse couche, je me suis finalement résignée face à la ténacité de cet enfant, et j’ai fini par me faire à l’idée d’avoir un nouvel enfant. Cependant, j’angoissais toujours à propos de nos difficultés financières et matérielles, et même si j’avais exclu d’avorter, je me disais que placer ce bébé en pouponnière pendant quelques mois me permettrait, après l’accouchement, de régler mes problèmes afin de l’accueillir dans de meilleurs conditions. Mais l’idée de me séparer de ce petit être aux première heures de sa naissance m’était de plus en plus difficile à envisager, et j’ai fini par plus ou moins abandonner cette idée.
Ma grossesse s’est poursuivie sans problème, mis à part les nausées qui ont fait des va-et-vient, la fatigue qui n’est jamais vraiment partie, les malaises et les nombreux dégoûts alimentaires. Mon ex-mari, de son côté, s’est calmé, et a fini par accepter ce nouveau bébé, du moins en apparence. Au troisième trimestre, j’ai décidé de mettre les ennuis financiers de côté, lorsque les hormones m’en laissaient l’occasion, et de me concentrer sur la fin de ma grossesse et la venue de ce petit bout. J’ai finalement accouché, à domicile, de mon troisième enfant. Aujourd’hui il a bientôt quatre ans, et lorsque je le regarde, je m’en veux d’avoir eu des pensées si terribles à son égard. Je profite de mon bébé et j’apprends à être heureuse, tout simplement, et à profiter de ma famille.
Comment surmonter une grossesse non désirée : quelques conseils
Si vous aussi vous traversez l’épreuve d’une grossesse imprévue, sachez que vos sentiments, même ambivalents, sont légitimes. Il est important de trouver du soutien, que ce soit auprès de vos proches ou de professionnels, pour prendre la meilleure décision pour vous et votre famille. N’hésitez pas à partager votre propre expérience ou à poser vos questions en commentaire.
