L’accouchement est un véritable saut dans l’inconnu. Personne ne peut prévoir comment il va se dérouler, s’il y aura des complications, ni si le projet de naissance pourra être respecté. Pour toutes ces raisons, les femmes en ont peur : peur de la douleur de l’accouchement, peur des complications, peur de la césarienne en urgence… Comment gérer la douleur? Comment gérer l’urgence qui s’immisce dans cet évènement si important? Comment le personnel soignant va-t-il se comporter? Mon bébé et moi allons-nous sortir indemnes de cette épreuve?
Les femmes enceintes sont très nombreuses à être en proie à cette angoisse d’accoucher. Peut-être que toi aussi, tu ressens cette peur avant l’accouchement. Car très souvent, cette peur est nourrie par l’entourage, qui abreuve les femmes de récits d’accouchement anxiogènes. Par ailleurs, les médias ne sont pas en reste, avec des représentations toujours plus dramatiques de l’accouchement, où la femme hurle de douleur du début à la fin. Quant aux réseaux sociaux, ils véhiculent parfois une culpabilisation : accouchement avec ou sans péridurale ? Par voie basse ou par césarienne ? Ces comparaisons peuvent peser lourd sur le moral et renforcer la peur de la naissance.
Moi-même, j’ai eu peur d’accoucher. Lorsque j’étais enceinte de mon premier enfant, au fur et à mesure que la fin approchait, nourrie par tous les récits anxiogènes racontés par ma mère du temps où elle travaillait en maternité, j’ai bien cru mourir, ou alors perdre mon bébé. Et étant en menace d’accouchement prématuré, je n’ai pas eu le droit de participer au cours sur la gestion des contractions pour éviter d’entrer en travail. L’accouchement était pour moi un véritable saut dans le vide, une expérience marquée par une anxiété prénatale intense.
L’accouchement est un évènement tellement dramatisé que certaines femmes font des attaques de panique à l’idée même d’accoucher, et en viennent à prendre des décisions extrêmes, telles qu’interrompre leur grossesse, demander d’accoucher par césarienne ou même choisir de ne pas avoir d’enfant. Dans ses formes les plus sévères, cette peur pathologique de l’accouchement peut avoir un impact important sur la santé mentale maternelle.
Cette peur intense de l’accouchement a un nom : la tocophobie.
Alors, d’où vient cette peur de l’accouchement? Quelles sont ses manifestations? Et surtout, il y a-t-il des solutions pour en venir à bout et accoucher sereinement?
C’est ce que nous allons voir dans cet article.
Sommaire
Comprendre la peur de l’accouchement: angoisses normales ou tocophobie ?
Les peurs normales: une angoisse d’accoucher fréquente
20% des femmes avouent avoir peur d’accoucher. Cette peur de l’accouchement pendant la grossesse est compréhensible : après tout, un adage dit que « femme grosse a un pied dans la fosse ». Plusieurs aspects nourrissent ces peurs : la peur de l’inconnu, la peur de la douleur de l’accouchement, la peur des complications obstétricales, la peur de mourir ou de perdre son bébé.
Par ailleurs, la peur de l’accouchement révèle aussi la peur de l’après, de la vie une fois que bébé sera né.
Ces peurs sont normales lorsqu’elle ne perturbent pas le quotidien de la future maman. Il s’agit alors d’une anxiété prénatale modérée, fréquente chez les femmes enceintes. Des solutions seront abordées plus tard dans l’article pour les surmonter. Cependant, cette peur peut être ressentie à un niveau si intense qu’elle peut amener les femmes à prendre des décisions difficiles. Si la peur d’accoucher perturbe ton quotidien et te cause une réelle souffrance, il se peut que tu souffres d’une véritable phobie de l’accouchement.
Mais à partir de quand parle-t-on réellement de trouble anxieux lié à la grossesse ? Quand la peur dépasse le simple stress prénatal pour devenir une véritable souffrance psychologique ? C’est là qu’intervient la notion de tocophobie.
Quand la peur devient pathologique : la tocophobie
La tocophobie se définit comme la peur intense de l’accouchement. C’est une peur qui envahit le quotidien et pousse à prendre des décisions extrêmes comme interrompre la grossesse ou demander à accoucher par césarienne. Elle est dite primaire lorsqu’elle touche des femmes qui n’ont jamais accouché, et secondaire lorsqu’elle est ressentie par des femmes qui ont déjà vécu un accouchement traumatique.
Cette peur pathologique d’accoucher a souvent pour origine des antécédents d’anxiété et de dépression, un premier accouchement difficile, des antécédents médicaux ou des évènements traumatiques, une exposition à des témoignages d’accouchements avec complications ou d’un manque de soutien et d’information pendant la grossesse.
La tocophobie peut ainsi s’inscrire dans un contexte plus large de santé mentale périnatale, où l’anxiété prend une place envahissante.
Maintenant, voyons comment se manifeste la tocophobie et ses conséquences. Car le fait d’identifier ses symptômes te permettront d’agir pour vaincre la peur de l’accouchement.
Manifestations et conséquences de la peur de l’accouchement: symptômes et risques de la tocophobie
Symptômes de la tocophobie : comment se manifeste la peur intense d’accoucher ?
La tocophobie peut avoir des incidences graves dans la vie d’une femme. Ses manifestations peuvent être handicapantes au quotidien : le fait de mal vivre sa grossesse, de ne pas supporter de voir son ventre grossir ou de ressentir de l’inconfort lorsque bébé bouge, revivre des flash-back traumatisants et des attaques de panique liées à l’accouchement.
Cette peur intense de l’accouchement peut s’accompagner d’une anxiété prénatale sévère, d’angoisses envahissantes, d’insomnies ou d’une hypervigilance permanente concernant le déroulement de la grossesse et de l’accouchement.
Il arrive aussi que la tocophobie soit liée à une dépression prénatale ou à un trouble anxieux périnatal . Si c’est ton cas, il est d’autant plus important de te faire accompagner.
Ces symptômes ne sont pas anodins. Lorsqu’ils s’installent durablement, ils peuvent avoir des répercussions concrètes sur la grossesse et l’accouchement eux-mêmes. Voyons maintenant quelles peuvent être les conséquences de cette peur.
Conséquences de la peur de l’accouchement sur la grossesse et le déroulement du travail
Les conséquences de la peur de l’accouchement et de la tocophobie peuvent être importantes. D’une part, elles peuvent entraîner de sérieuses complications en fin de grossesse telles que l’hypertension gravidique, l’augmentation du stress maternel, prolonger la durée du travail, favoriser le recours aux instruments comme les forceps, voire même conduire à une césarienne d’urgence. Le stress et l’anxiété liée à l’accouchement peuvent en effet influencer la production d’hormones comme l’adrénaline, qui interfèrent avec l’ocytocine, l’hormone clé du travail.
Dans certains cas, quand la peur devient insoutenable, la tocophobie peut conduire celle qui en souffre à prendre des décisions radicales. En effet, les femmes souffrant de cette phobie de l’accouchement peuvent être amenées à interrompre leur grossesse, décider de ne pas avoir d’enfant, ou préférer recourir directement à une césarienne, donc à une opération douloureuse aux suites post-opératoires délicates pour éviter d’accoucher par voie basse.
Maintenant que tu sais d’où vient ta peur et que tu n’es pas seule à la ressentir, voyons comment tu peux la traverser.
Solutions pour vaincre la peur de l’accouchement et surmonter la tocophobie
S’informer pour réduire la peur d’accoucher et reprendre confiance
C’est normal d’avoir peur d’accoucher. Pour la surmonter, en premier lieu, t’informer sur ce qui t’attend, les possibles complications qui peuvent survenir, et sur la gestion de la douleur, peut vraiment t’aider.
Tu peux aussi t’informer sur la maternité dans laquelle tu vas accoucher, son niveau d’intervention, son taux de césariennes ou d’épisiotomies. Si possible, essaie de la visiter pour t’approprier les lieux et être en terrain connu le jour J. Prends connaissance de tes droits, notamment concernant le consentement éclairé. Cela te permettra de mieux te défendre en cas de violences obstétricales.
Prendre des renseignements sur l’accouchement physiologique ou médicalisé peut vraiment te rassurer : les différentes phases de travail, la péridurale, et surtout la gestion des contractions, qui te permettra d’appréhender au mieux la douleur.
En étant pleinement informée, tu reprends une part de contrôle de ton accouchement; en cas de complication, tu subiras moins les évènements, en y étant préparée.
Pour être préparée au mieux à l’accouchement, n’hésite pas à suivre des cours de préparation à l’accouchement. Tu peux aussi te procurer mon livre, dont l’un des chapitres aborde l’accouchement sous toutes ses coutures.
Mais l’information seule ne suffit pas toujours. Pour apaiser durablement la peur de l’accouchement, le soutien humain est tout aussi essentiel.
Être accompagnée pour ne pas rester seule face à l’anxiété prénatale
Si tu as peur d’accoucher, la première chose est d’en parler. Aborde le sujet avec ta sage-femme ou ton obstétricien, qui sauront te rassurer au mieux. Même si les hormones nous jouent parfois des tours et nous amènent à nous isoler, le soutien de ton partenaire de vie peut être précieux. Il ne pourra peut-être pas t’apporter de réponse concrète, le fait de savoir que tu as peur d’accoucher lui permettra de te soutenir au mieux et te préparer à être ton pilier le jour J.
Tu peux aussi choisir de te faire accompagner de spécialistes en périnatalité, comme les doulas ou les accompagnantes périnatales, qui sont formées à l’accompagnement émotionnel de la grossesse et de l’accouchement.
En parallèle de cet accompagnement, certaines habitudes quotidiennes peuvent t’aider à apaiser ton stress et à renforcer ton sentiment de sécurité intérieure.
Adopter des habitudes anti-stress pendant la grossesse pour préparer un accouchement serein
La grossesse est un moment particulièrement stressant dans la vie d’une femme, où les émotions sont exacerbées. Pour mieux vivre cette étape cruciale et te préparer à l’accouchement, tu dois adopter des habitudes pour gérer ton stress.
Par exemple, tu peux pratiquer la respiration profonde, qui t’aidera le jour J à accompagner les contractions de travail. Si ta condition physique te le permet, tu peux effectuer une activité physique douce adaptée à ta grossesse. Même marcher quelques minutes par jour peut te permettre de maîtriser ton stress et t’apporter un moment de détente.
Enfin, tu peux aussi te créer une bulle, une safe place anti mauvaises ondes. Coupe-toi des réseaux sociaux et des comptes anxiogènes, et essaie de ne pas t’exposer aux récits d’accouchements difficiles. Au contraire, écoute des témoignages d’accouchements qui se sont bien passés (tu en trouveras cinq sur ce blog;)) qui fortifieront ton mental et t’apporteront de la positivité.
Malgré tout, il arrive que la peur soit si intense qu’elle dépasse les simples techniques de gestion du stress. Dans ce cas, un accompagnement thérapeutique devient indispensable.
Tocophobie : quand consulter un professionnel de santé mentale ?
Si tu es tocophobe, tu dois te faire aider par un professionnel de la santé mentale spécialisé en périnatalité. Après confirmation du diagnostic, il pourra te prescrire de suivre une thérapie, une thérapie cognitive et comportementale (TCC) ou encore de l’EMDR, selon ses prescriptions.
Un accompagnement adapté permet de traiter la phobie de l’accouchement en profondeur et de prévenir ses conséquences sur la grossesse et le post-partum.
La peur d’accoucher n’est pas une fatalité
La peur d’accoucher est normale. Cependant, celle-ci ne doit pas être invasive au point de te voler les beaux moments de ta grossesse. Des solutions existent pour retrouver un peu de sérénité et reprendre une part de contrôle sur cet évènement important dans la vie d’une femme.
Si tu te sens dépassée par cette peur de l’accouchement, n’hésite pas à demander de l’aide à un professionnel de santé. Ne reste pas seule, parle-en à une personne de confiance qui saura t’écouter et te soutenir. Et garde en tête que les complications existent, mais elles restent rares dans un pays développé. Ton corps sait faire, fais-lui confiance.
1. Est-il normal d’avoir peur d’accoucher ?
Oui, la peur de l’accouchement est fréquente. Environ 20 % des femmes enceintes ressentent une appréhension liée à la douleur, aux complications ou à l’inconnu. Cette peur devient problématique lorsqu’elle envahit le quotidien.
2. Qu’est-ce que la tocophobie ?
La tocophobie est une phobie intense de l’accouchement. Elle peut conduire à une détresse importante, à une demande de césarienne programmée ou, dans certains cas, à éviter une grossesse.
3. Comment savoir si ma peur de l’accouchement est pathologique ?
Si ta peur d’accoucher provoque des attaques de panique, des insomnies, des flash-back traumatiques ou perturbe ta grossesse au quotidien, il peut s’agir de tocophobie. Un professionnel de santé peut poser un diagnostic.
4. Comment vaincre la peur de l’accouchement ?
S’informer sur le déroulement de l’accouchement, suivre une préparation adaptée, pratiquer des techniques de gestion du stress et se faire accompagner par des professionnels peuvent aider à réduire l’anxiété.
5. Faut-il consulter en cas de tocophobie ?
Oui. Une prise en charge par un professionnel de santé mentale, via une TCC ou de l’EMDR, permet de traiter la phobie de l’accouchement et de retrouver plus de sérénité.
